CNT- Solidarité Ouvrière » Syndicalisme » Education » 22 janvier, 85% des professeurs des écoles étaient en grève à Paris

22 janvier, 85% des professeurs des écoles étaient en grève à Paris


CNT Solidarité Ouvrière /22 janvier 2013   


Ce mardi 22 janvier, 85% des professeurs des écoles étaient en grève à Paris afin de remettre en cause les rythmes scolaires que tente d’imposer Vincent Peillon aux enseignants de premier degré. Avec la grève de la Fonction publique prévue le 31 janvier prochain, cette grève du 22 peut constituer un tremplin pour aller vers un mouvement d’ensemble.

Les rythmes scolaires sont débattus depuis fort longtemps dans l’Education Nationale.

Nous vous proposons un texte de Rino Ermini paru dans le mensuel du CERISE fin 1989. Ce texte reste d’actualité et mérite réflexion d’autant qu’il émane de quelqu’un de terrain..

CNT-SO Normandie


Les rythmes biologiques

Il y a les rythmes biologiques, qu’il faut apprendre à respecter, et les rythmes de vie qui sont, eux imposés par la société, et sur lesquels il est absolument nécessaire d’intervenir.

Ces rythmes de vie des filles et des garçons de tous âges sont influencés à chaque instant par de nombreux facteurs de natures diverses. De tels facteurs doivent être analysés attentivement dans la mesure où ils interviennent dans l’une des principales activités des enfants, des adolescents et des jeunes : c’est – à dire le travail scolaire dans lequel s’affirme la capacité d’apprendre des élèves.

Rino Ermini, enseignant italien, nous fait part ici de réflexions issues de sa pratique quotidienne en milieu urbain défavorisé.

Cherchons à voir, brièvement et schématiquement, quelques-uns des facteurs qui vont influencer. Aussi les rythmes d’apprentissage et la possibilité même de vivre sereinement à l’intérieur de d’ambiance scolaire.

Certains de ceux-ci sont externes à l’institution scolaire, d’autres lui sont internes.

Essentiellement, nous voyons les moyens de communication de masse, en particulier la télévision ; et je note que dans les pays considérés comme « civilisés » ou « industrialisés » et surtout dans la réalité urbaine de grande dimension, les jeunes passent beaucoup de temps devant le téléviseur. Les statistiques connues annoncent, dans certains pays, 5 heures quotidiennes, et même plus, passées devant les téléviseurs. Cela arrive en particulier là où l’absence de centres associatifs et de rencontres, et la désagrégation du tissu social ne permettent plus aux jeunes de grandir, jouer, vivre avec leur classe d’âge, mais impose l’isolement à l’intérieur de leur propre logement, toujours séparés des autres.

Des heures et des heures passées devant le téléviseur , sans parler , et ce qui va de soi , à écouter des messages qui sont en bonne partie tournés vers les exigences de la consommation et tendent à l’inhibition des capacités logiques et affectives , font que le jeune le ressent négativement dans son travail scolaire , montrant désintéressement , apathie manque de capacité de s’intéresser aux autres, tendances à la violence , fuite devant la réalité , imperméabilité aux messages autres que ceux auxquels l’ont « préparé » les longues heures de télévision .

Une autre question, qui influence certainement l’activité du jeune à l’école, est celle des transports.

Si l’élève rejoint l’école après avoir voyagé des kilomètres dans les transports en commun surchargés, ou après avoir parcouru à pied des rues encombrées par le trafic, donc chaotiques, bruyantes et polluées par les gaz d’échappement, ces conditions psycho-physiques, quand il arrivera à s’asseoir sur les bancs de l’école, ne seront certes pas des meilleures.

Bien différente est la situation de celui qui rejoint l’école ayant parcouru peu de chemin, en l’absence de trafic et en toute tranquillité. Sans parler de celui qui, habitant dans un petit village ou dans un quartier populaire, qui n’ont pas encore perdu leur particularité positive, rejoint l’école serein, ayant, en chemin parlé avec ses amis, n’étant pas agressé par des facteurs négatifs.

Influe aussi sur le rendement scolaire la manière de se nourrir. Manger des aliments peu naturels, altérés par des conservateurs et des additifs divers, constituent un danger pour la santé en général mais gène également les activités diverses.

Surtout dans les cas où la variété des aliments est pauvre au point d’influencer sérieusement le conditions générales de l’organisme et , de là encore une fois, les capacités de l’élève consciencieux.

Nous ne pouvons pas oublier un dernier élément dont on parle beaucoup : le repos.

C’est extrêmement important pour chacun de nous, donc aussi pour ceux qui fréquentent l’école.

Si le repos, surtout nocturne, se passe dans une ambiance tranquille, certainement il a une efficacité plus grande que celui qui se produit dans une ambiance bruyante, chaotique, peu sereine.

Dormir dans une maison en pleine campagne, ou dans un petit village, ou dans un quartier loin des voies de communication du trafic, des implantations industrielles, etc...est sûrement plus bénéfique que dans un quartier dans lequel se trouve le vacarme provoqué par le trafic important ou dans les maisons proches des autoroutes, fabriques et lieux de production en général.

Dans un propos sur le repos, la qualité de l’air respiré a un poids non négligeable (du reste, comme dans beaucoup d’autres cas) .

Si nous dormons dans un lieu où il est frais et sain, ce sera certainement mieux que reposer en respirant un air malodorant et empoisonné par les scories industrielles et les gaz d’échappement d’automobiles.

Naturellement, un enfant qui vit dans une situation plutôt qu’une autre, aura des rythmes de vie, et donc également d’apprentissage complètement différents.

La situation du noyau familial doit être prise aussi en considération.

Si la famille de l’élève dont nous parlons a des problèmes affectifs, ou des éléments de violence internes, ou peu de communication entre ses membres, ( ou tout cela en même temps), les effets sur le rendement scolaire seront à coup sûr dévastateurs.

Au contraire, un bon rythme d’apprentissage est beaucoup plus probable chez ceux qui vivent dans des familles dont les traits fondamentaux sont empreints de sérénité, de compréhension, d’amour, d’affection et d’amitié.

Toutes les questions auxquelles nous avons brièvement fait allusion, nous les retrouvons, très lourdes de conséquences, dans des individus ou dans groupes entiers , surtout quand nous avons à faire à des jeunes qui vivent dans les quartiers périphériques des grandes villes .

Il en est du moins ainsi en Italie...

Il existe au moins deux autres éléments qui jouent un rôle de grande importance sur l’apprentissage de l’élève et sur ses rythmes scolaires.

Ils sont internes à l’institution scolaire elle-même.

Le premier concerne ce que l’on enseigne, c’est -à-dire les contenus.

Si le sujet de la leçon est intéressant, stimulant, et répond aux exigences de l’individu qui est à ce moment-là notre élève, alors nous aurons de sa part une attention notable, tandis que son intérêt sera assez rare si nous avons la prétention de lui faire ingurgiter des questions ou des thèmes loin de ses exigences.

Un discours analogue peut être tenu sur la méthode, et c’est un discours intimement lié au précédent.

La façon dont nous nous plaçons face à l’élève est déterminante et sera ce qui, plus qu’autre chose, aura des incidences sur l’attention qu’il portera à la leçon.

Plus la méthode répondra au désir de liberté, de clarté, de compréhension, d’esprit critique existant en chaque jeune, plus nous serons écoutés et obtiendrons des effets positifs.

Une autre question incontournable concerne les horaires scolaires.

Ils sont, pour la plupart, calqués sur les exigences des adultes et non sur celles des jeunes.

Alors, à partir de là, il existe des écoles ou on entre à une certaine heure parce que c’est commode pour les parents et les enseignants ; on prend difficilement en compte les exigences réelles de celui qui va à l’école pour apprendre.

D’ailleurs , il faut constater amèrement que l’école a des rythmes, des horaires et bien d’autres choses qui ressemblent plus à ceux d’une usine ( pour ne pas dire ceux d’une prison ) , et cela , nous le savons bien tous , entre dans la logique d’habituer celui qui la fréquente à un mode de vie ou tout est basé sur la productivité et non sur la satisfaction des besoins vitaux, matériels et spirituels de l’individu .

Une précision :

Ma tentative d’analyse n’est pas, bien sûr, une proposition de méthodologie pour la récupération au service de la société d’individus potentiellement rebelles. Donc, mon intention n’est pas de remettre dans un circuit de normalisation les personnes qui montrent les signes de prise de conscience, même de façon confuse.

Mes considérations sont tournées vers la création d’une école à l’intérieur de laquelle sont analysées les situations pour les résoudre en faveur de la libre expression de l’individu, de sa croissance culturelle, de son autonomie, de sa capacité critique et de sa capacité de se référer correctement aux autres.

Rino Ermini