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Haïti. "marche patriotique" et compétitivité


Contribution /1er mars 2015   
International

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" Les relations entre Haïti et la République Dominicaine ont souvent été mauvaises au cours de l’histoire, mais la tension est montée d’un cran, ces dernières semaines, depuis que deux ressortissants haïtiens ont été tués sur le sol dominicain de façon atroce : l’un d’entre eux a été pendu à un arbre, ce qui rappelle les pires heures de la ségrégation aux États-Unis."


Haïti. "marche patriotique" et compétitivité …

Ainsi pourrait-on nommer cette marche de l’unité identitaire : accompagnée de son contraire, les plus actifs représentants de la compétitivité !

« Imposture intellectuelle » s’il en est nous indique Bernard Cassen, où ce militant de gauche démontre fort simplement que ce concept de “compétitivité” ne veut dire que : baisser au plus bas niveau possible les salaires et autres compensations sociales. Point barre ! Or, qu’est-ce qui pousse les travailleurs haïtiens à s’expatrier, malgré les horreurs qu’ils subissent en mer ou en différentes terres voisines (République Dominicaine mais aussi, Bahamas, Miami…) ? Affres qu’ils connaissent pourtant mieux que quiconque ?

Le drapeau haïtien ayant été également brûlé, cela a affolé les plus sensibles. Et de se mêler aux pires exploiteurs pour protester ensemble et ensemble chercher à retrouver une « identité » commune bafouée. Promptement, les rengaines de « Première république noire du monde » et autre « L’union fait la force », retournent sur le tapis. Sans toutefois comprendre, ou même chercher à comprendre que déportations massives, illégales et combien arbitraires, crimes les plus odieux… sont en réalité produits d’un processus historique long, conscient et profond où les classes dominantes des deux pays se sont toujours unies pour le mener à terme, dans l’intérêt unique de leur profit d’exploiteurs.

Devant la pénétration des locaux de cette république connexe et de la mise à feu également de son drapeau, les officiels dominicains de tous les partis les plus réactionnaires protestent avec véhémence, évitant aussi de la sorte non seulement de remémorer les horreurs perpétrés par les plus racistes de cette formation sociale mais encore moins de mentionner les raisons profondes, la logique de ces crimes et malversations. Cela ne nous étonne pas non plus que M. Silié soit de plus en plus totalement lié aux forces de plus en plus réactionnaires des dominants dominicains. Au moment de la « Tête coupée sur place publique » du travailleur haïtien (voir le texte annexé s’y référant) il tergiversait déjà. Aujourd’hui ses réelles appartenances se mettent à nue.

Nous nous unissons à l’indignation générale face à toutes les exactions commises contre les travailleurs haïtiens en terres voisines. Et nous luttons concrètement contre depuis déjà fort longtemps. Cependant, nous nous révoltons tout autant contre ce mélange hypocrite et dangereux qui a marqué la manifestation du mercredi 25 février. Oui, dangereux pour les travailleurs haïtiens qui s’y mêleraient, s’offrant ainsi au « patriotisme » des exploiteurs nationaux, tout aussi coupables, insistons-nous, de ce crime odieux (voir notre réflexion à propos des « Affres que subissent les travailleurs haïtiens en République Dominicaine » annexée), creusant alors sans le savoir leur propre tombe.

Le peuple désemparé a applaudi cette « unité retrouvée » (est-ce dire qu’elle aurait été perdue ?). C’est que, d’un côté, il subit la domination idéologique des classes dominantes et leurs appareils de diffusion ; et, ainsi déboussolé et résigné au fond de lui-même, il s’engouffre dans cette « unité patriotique » hypocrite et sans avenir.

Ici, ce sont les mêmes – d’ailleurs associés aux impérialistes de tous bords – qui brandissent le flambeau de l’ « unité nationale », à la mort d’un cireur de chaussures, expatrié nécessairement par leur action dominatrice, directe ou indirecte, consciente ou inconsciente. La lutte pour un salaire minimum de misère nous le prouve chaque fois, tout comme les relations sociales archaïques qu’ils maintiennent du bout des fusils et aujourd’hui du haut de leur « démocratie » mystificatrice, et, de là, la jouissance qu’ils se procurent ainsi, dans un pays pourtant en misère extrême.

Ils se trompent donc ceux qui s’en prennent au peuple dominicain sans se référer spécifiquement aux dominants de cette formation sociale et tout autant aux dominants haïtien, en même temps qu’aux gouvernements et États réactionnaires des deux pays, allant jusqu’à se mêler à une manifestation "d’unité", mystificatrice et dangereuse. Certes, la propagande des classes dominantes dominicaines agit de manière efficace et les exactions de leurs ressortissants les plus racistes et les plus écervelés fonctionnent à vue. Mais, par contre, cela ne peut nous empêcher de nous rappeler que c’est ce même peuple qui eut à voter Peña Gomez, Noir, de descendance haïtienne connue et avouée, quand il s’est agi de ses intérêts de peuple et, comme le montre clairement nos textes annexés traitant de ces complexes rapports, rappelons-nous encore que les ouvriers dominicains s’étaient en grande majorité ralliés à leurs camarades ouvriers haïtiens dans le cas des odieuses exactions de la Codevi, pendant que les bourgeois de l’Adih, eux, appuyaient leurs associés capitalistes. Comme toute situation sociale, la réalité de classe est la seule capable de nous permettre de comprendre les actions en cours et nous guider dans les nôtres.

A BAS LES PRATIQUES RACISTES QUI SÉVISSENT EN RÉPUBLIQUE DOMINICAINE À PARTIR DE L’IDÉOLOGIE RÉACTIONNAIRE DES DOMINANTS DE TOUT GENRE !

A BAS LES PRATIQUES CONJOINTES TOUT AUSSI COUPABLES DES DOMINANTS HAÏTIENS ET DE LEUR ÉTAT RÉACTIONNAIRE !

A BAS L’UNITÉ NATIONALE HYPOCRITE ET MYSTIFICATRICE !
VIVE LA LUTTE AUTONOME DES PEUPLES HAÏTIENS ET DOMINICAINS UNIS POUR LEURS INTÉRÊTS DE PEUPLE !

Batay Ouvriye


À lire, les documents joints :
1-"Sur la question des affres que subissent les travailleurs Haïtiens en République dominicaine" - Batay Ouvriye, 16 décembre 2005.

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Affres


2-"Sur la place publique" Batay Ouvriye, 11 mai 2009.

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Sur la place publique