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L’Espagne continue à s’enfoncer dans le marasme


CNT Solidarité Ouvrière /10 février 2014   
Solidarité


Le gouvernement réprime à grand coups de réformes, il essaie de rétablir un état policier à un moment d’extrême faiblesse du régime, totalement discrédité. Le peuple essaie d’organiser une riposte en créant des plate-formes ("Nous ne sommes pas un délit" par exemple).
Quelques exemples des nouvelles loi de la Réforme du Code Pénal et de la Loi de Sécurité Citoyenne :
- insultes à un policier : 1000 à 30000 € d’amende
(avant il fallait prouver les insultes en passant devant la justice, maintenant ce n’est qu’un acte administratif, la parole du policier suffit et la personne incriminée recevra un courrier avec l’amende à payer sans preuves ni procès ; si on conteste cette amende il faut alors aller en justice en payant une forte taxe)
- filmer la police pendant une intervention ou manifester devant le Congrès : 600000€ d’amende
- interdiction de manifester ou de se rassembler sans autorisation (alors que cet acte est en principe protégé par la Constitution).
Le gouvernement essaie aussi de terroriser la population avec l’apparition de soi-disant groupes anarchistes très dangereux et arrête de jeunes acrates avec une grande médiatisation et des accusations mensongères d’actes violents.
Les espagnols ont l’impression de se retrouver face à la sinistre Brigade Politico-Sociale de l’époque franquiste.
Sous couvert de mesures favorisant l’emploi, le gouvernement a fait une véritable réforme laborale (Royal Décret-Loi) qui se résume par plus de précarisation des conditions de travail et plus d’avantages pour le patronat. Un patron pourra désormais imposer un horaire à son employé, et les mutuelles contrôleront les congés maladie de leurs adhérents. Dernièrement, une loi interdisant de couper l’électricité aux personnes manquant de ressources n’a pas pu passer au Parlement grâce au Partido Popular.
Les nouvelles réformes dans l’administration locale précarisent les services publics, débilitent les services sociaux et réduisent l’autonomie municipale.
Le Parti Populaire espagnol détruit tout sur son passage. Mais de nombreux mouvements syndicaux ébranlent le pays.
Dans les chemins de fer, même le régime franquiste avait cru bon de nationaliser les diverses entreprises ferroviaires espagnoles en les regroupant sous le nom de RENFE (réseau national des chemins de fer espagnols). Aujourd’hui le PP privatise cette entité et la divise en 6 sociétés différentes, et les syndicats "jaunes" espagnols l’ont laissé faire. Bien sûr les travailleurs vont y perdre beaucoup de droits, leurs conditions laborales vont empirer. Beaucoup de cheminots de la CGT espagnole se sont révoltés, mais le manque d’unité dans les centres a favorisé la corruption de ces grands syndicats ; les militants de la CGT déclarent qu’ils continueront à lutter contre cette privatisation tant qu’ils en auront la force, "pour un chemin de fer public, social, écologique, au service de toutes et tous, au service de la majorité".
Chez Hewlett-Packard, les ouvriers continuent à lutter contre les licenciements (300 emplois en 3 ans).
Chez Caprabo (Hyper et Supermachés), les syndicats de l’hôtellerie et du commerce de la CGT de Barcelone ont gagné leur dernière bataille : obliger la direction à tenir compte de la monoparentalité de ses employés pour les horaires de travail.
A Unipost, plusieurs centres catalans sont en grève illimitée.
A la télévision catalane, nombreux débrayages.
Chez Panrico (pain de mie et biscottes), on note des grèves partielles ou illimitées dans différents centres catalans.
A la Telefónica-Movistar, il y a un an, 6 employés avaient fait une grève de la faim suite au licenciement d’un de leurs camarades après un congé maladie justifié et après que l’entreprise eut perdu les différents procès intentés. Cette année, ils ont fêté l’anniversaire de cette grève et continuent à réclamer la réadmission du collègue. D’autre part, Movistar, comme d’autres entreprises, baisse le salaire de ses employés, précarise leurs conditions de travail, mais augmente le salaire des cadres et licencie ceux qui osent protester (50000 postes en moins depuis sa privatisation en 1999), tout en augmentant le volume d’emplois via les sous-traitants ( 100000 travailleurs).
Nos camarades cégétistes luttent aussi dans les hôpitaux, les aéroports, contre le harcèlement syndical...
Ensuite le gouvernement a sorti sa loi sur l’avortement, qui redevient un délit dans le pays qui a été le premier en Europe à avoir un projet de loi pour l’autoriser (en 1936).
Ces derniers jours vous avez pu observer la révolte des habitants de Burgos, qui protestaient contre des dépenses inconsidérées en temps de crise ; des rassemblements et des manifestations de soutien ont eu lieu dans plusieurs villes d’Espagne ainsi que des affrontements avec la police, avec arrestations à la clé.
La population est exaspérée, par la précarité, la misère, la répression, les expropriations...

Et l’état espagnol utilise aussi la diffamation et la criminalisation pour décrédibiliser les grèves, les résistances de toutes sortes, les alliances avec des mouvements sociaux.
On peut noter aussi la montée du fascisme un peu partout mais particulièrement à Barcelone.
Mais les espagnols disent que la peur est en train de changer de camp et on voit se développer des actes comme la désobéissance civile, les occupations de logements vides appartenant à des banques, etc, tout ceci avec le soutien de larges secteurs de la société.

Malgré cela la peur est encore présente (peur du licenciement, de ne pas pouvoir payer le loyer ou l’hypothèque, de se faire expulser, de perdre la garde des enfants...).
Et les grands syndicats ont signé la plupart des réformes, sur la négociation collective, sur les pensions de retraite, sur le code du travail...

Cela nous rappelle certaines réalités françaises ou européennes.
Il faut rester mobilisés, appeler à la solidarité internationale chaque fois que c’est nécessaire (comme ces jours-ci à propos du nouveau projet de loi sur l’avortement), et en ce qui concerne le secrétariat international, nous gardons un contact étroit avec nos camarades espagnols.