CNT- Solidarité Ouvrière » International » Le mouvement des nettoyeurs de Londres : rencontre avec des syndicalistes (...)

Le mouvement des nettoyeurs de Londres : rencontre avec des syndicalistes IWW et IWGB


CNT Solidarité Ouvrière /21 avril 2014   
International - Nettoyage

Partager

La CNT-Solidarité Ouvrière est particulièrement présente dans le secteur du nettoyage et s’efforce de construire des liens internationaux pour y lutter plus efficacement.
Nous avons rencontré à Londres les IWW et les IWGB, qui s’inscrivent dans des orientations syndicales proches de notre confédération et se développent également dans le secteur du nettoyage.



Industrial Workers of the World (IWW)

Pouvez-vous présenter votre organisation syndicale, les Industrial Workers of the World, qui s’est particulièrement développée à Londres ces dernières années, en particulier dans le secteur du nettoyage ?

Floran : J’ai rejoins les IWW en 2010. C’était alors un petit groupe, pas vraiment un syndicat. Mais en 2010 les IWW ont été très actifs syndicalement dans le secteur du nettoyage à Londres et se sont organisés plus sérieusement. Nous nous sommes développés, sommes devenus plus aguerris au niveau administratif et nos finances sont devenues plus saines. Même si cela n’a pas été sans tensions ni conflits au sein des IWW.

Gabriela : Je pense qu’il peut être trompeur de parler de branche nettoyage des IWW (ou IWGB), il vaudrait mieux parler de mouvement des nettoyeurs de Londres. De mon point de vue, c’est seulement à travers un concours de circonstances que les IWW ont été amené à y jouer un rôle. Il faudrait remonter aux années 80, voire 70, quand il y a eu une organisation, pas seulement mais majoritairement, d’immigrés latino-américains, dans différents syndicats ou en lien avec les syndicats. Le mouvement a alors commencé à se développer de différentes manières. On peut citer par exemple LAWAS (Latin American Workers’Association), qui fait un travail à la base, en direction des latinos mais en rapport avec des questions plus générales du monde du travail, même si ses moyens sont souvent précaires. La même chose vaut pour les IWW, d’ailleurs ! LAWAS travaillait avec UNITE (principal syndicat britannique) mais UNITE les a lâché. Ils ont alors voulu être dans un travail d’organisation syndicale, mais sans avoir les capacités ou l’infrastructure pour être un syndicat. A ce moment là, les IWW sont venus en offrant leur structure. La majorité d’entre eux a alors décidé de créer une branche des nettoyeurs au sein des IWW. Il y a alors eu une séparation entre des éléments militants de LAWAS qui n’étaient pas nettoyeurs et le syndicat des IWW. Ce dernier avait une perspective syndicaliste révolutionnaire et a été alors très actif.

Floran : D’autres problèmes se sont ensuite posés au sein des IWW, concernant notre capacité à accueillir cette branche et à en développer d’autres. Sans entrer dans le détail, il y a alors eu des pratiques à mon avis un peu manipulatrices, agressives et peu démocratiques, qui auraient pu être évitées. Il y eu une volonté de transformer la structure interne des IWW en Grande-Bretagne et cela a finalement abouti à une scission (IWGB)... Mais au-delà de cela, il faut retenir qu’il y a un renforcement à Londres des courants d’inspiration syndicaliste révolutionnaire, et la création d’un mouvement dans ce secteur, au-delà des drapeaux IWW ou IWGB. Nous avons toujours, en tant qu’IWW, une activité et des adhérents dans le secteur du nettoyage. Par ailleurs, nos relations avec les IWGB se sont énormément pacifiées et sont solidaires, puisque nous avons publié des communiqués de soutien et apporté un support financier à l’une de leurs luttes. C’est le plus important, pas la couleur du drapeau.

Gabriela : Concernant les IWW dans le secteur du nettoyage, nous avons été actifs depuis dans une importante institution culturelle et touristique, par exemple. Mais c’est un travail difficile. Nous essayons de soutenir et de former les adhérents qui souhaitent s’investir davantage sur leur lieu de travail. En dépit de la scission, nous avons un bon nombre d’adhérents dans ce secteur, c’est pourquoi nous avons, je pense, le devoir de les aider à être plus actifs, à travers davantage de formations, etc.

Independant Workers of Great-Britain (IWGB)

Peux-tu présenter ton syndicat, les Independant Workers of Great Britain (IWGB), plus particulièrement dans le secteur du nettoyage ?

Alberto : Les IWGB sont une organisation de travailleurs indépendante. C’est un syndicat mené par les travailleurs pour les travailleurs. Nous sommes très différents des autres syndicats. Tu peux y prendre tes propres décisions, tu n’as pas de patron dans le syndicat qui te dit ce que tu dois faire ou ne pas faire. Je pense que c’est un des problèmes dans les plus gros syndicats parce que ces syndicats essaient habituellement de t’empêcher de faire des choses. Nous sommes très petits mais les travailleurs décident. Tu veux te battre, tu ne demandes pas la permission à quiconque.

Le syndicat a commencé avec des nettoyeurs, dans un gros syndicat, avec une campagne « Justice pour les nettoyeurs ». Nous étions en train d’organiser des travailleurs dans des banques, etc., mais le syndicat nous a trahi. Le syndicat a signé un accord avec les banques, les entreprises et l’accord dit : tu ne peux pas protester, du moins, l’entreprise paie le salaire minimum pour vivre décemment mais ils peuvent faire tous les changements qu’ils veulent, donc virer qui ils veulent, réduire le nombre de travailleurs... C’est ce qui est arrivé quand la campagne s’est terminée. Donc, certains des travailleurs ont quitté le syndicat et ont dit : on ne peut pas ne rien faire. On a commencé une nouvelle campagne et avons gagné, par nous-même, sans le syndicat. Cela prouve que les travailleurs sont le syndicat, tu n’as pas besoin de logo pour te mobiliser, tu as besoin d’être ensemble et uni.

Maintenant, nous avons beaucoup plus d’expérience. Nous avions l’habitude d’avoir différents types de protestation. Je me souviens par exemple, lorsque nous avons commencé à protester de la façon dont nous craignions la police... On voyait la police et on disait « qu’est-ce qui va se passer ? Peut-on protester ou pas ? Vont-ils nous arrêter ? », etc. Maintenant, nous savons comment agir, nous sommes plus confiants. Par exemple, on avait l’habitude de faire des manifestations et de crier, crier, donc après, tu ne pouvais plus parler... Maintenant nous faisons des choses plus simples, nous faisons des occupations... Nous sommes plus secrets maintenant, avant, nous avions l’habitude de publier tout sur facebook et ensuite on trouvait la police devant le bâtiment... Maintenant, non. On a changé de tactique.

Les travailleurs sont impliqués. Ils savent pourquoi ils se battent, ils se battent pour la justice, pour une société juste. L’an dernier, nous avons eu beaucoup de victoires : Bank of Canada, Royal Opera House, University of London... Parce que nous sommes plus confiants, davantage ensemble, unis... Quand les travailleurs sentent qu’ils ont le pouvoir, ils sont dangereux pour le système.

Peux-tu décrire le secteur du nettoyage à Londres, la situation des travailleurs, leurs problèmes dans la vie quotidienne ?

Alberto : Les travailleurs sont essentiellement des travailleurs immigrés, d’Amérique Latine, d’Afrique, d’Europe (surtout d’Espagne et du Portugal)... Il n’y a pas beaucoup d’anglais. Tu sais, les cas sont très similaires dans beaucoup d’endroits. Pas de salaires payés, du harcèlement... Cela concerne des droits de base : les gens travaillent comme des esclaves. C’est très commun de voir des gens avec 3 ou 4 mois sans salaires. Quand les gens commencent à s’organiser, tu as des gens virés. C’est aussi très commun d’avoir du harcèlement sexuel par la direction. Tu as également beaucoup de discriminations. La direction parle sans aucun respect. C’est une totale dégradation de l’être humain. Quand les travailleurs réalisent qu’ils peuvent changer ces choses, en travaillant ensemble, c’est très puissant. C’est très important que les travailleurs se parlent entre eux. Parfois ils pensent que ce n’est pas possible, « c’est comme ça, nous sommes dans le système capitaliste, nous ne pouvons pas changer cela ». Mais nous le pouvons.

Propos recueillis par Fabien Delmotte