Sur les Partenariats Publics Privés.


CNT Solidarité Ouvrière /3 avril 2013   
Syndicalisme

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Il n’y a plus un rond, alors comment investir dans des équipements publics alors que la France est endettée ? En s’en remettant au privé ...

Car c’est connu, ceux qui se partagent 90% des PPP (Vinci, Bouygues, Eiffage) et les banques qui leur préparent le montage financier disent : laissez-nous la construction et l’entretien, et occupez vous juste du changement des craies, des matériels à stériliser, des FLR si vous voulez que l’éducation, la santé ou l’exploitation des routes coûtent moins chers.

En plus pour les élus, c’est trop chouette : on montre qu’on investit et hop, un an après, les chantiers commencent. Le tout, c’est de montrer aux électeurs qu’on agit. Si le chantier se finit mal, si le coût à plus que doubler à cause de dossiers mal ficelés (voir Hôpital Sud Parisien à Evry), l’élu s’en fout : au moment de faire les comptes, il ne sera probablement plus là.

Le grand groupe qui finance la construction de bâtiments publics ne perd rien évidemment : il avance l’argent mais sera remboursé grâce à des loyers sur 20 ans (au mieux pour les collèges, lycées, ...), 28-35 ans (stades, CEI) voir 55 ans voir plus (certains hôpitaux, LGV, Aéroport de Notre-Dame des Landes, ...).

Peu d’articles à ce sujet. Mais une émission, superbe. On y voit comment la « comm » à ce sujet est verrouillée : un journaliste interroge le président du Conseil Général de Moselle ... et la chef de communication lui donne une leçon sur le fait qu’il s’est montré agressif, impertinent, etc ... Alors que ce n’est pas le cas : évidemment, il faisait juste son boulot. Mais chuuuut, la dette de demain se construit aujourd’hui, chuuut ! Passage très rigolo, car ces méthodes visant à décrédibiliser celui qui interroge et cet art de botter en touche rappelle beaucoup ce qui se passe dans cette administration. Pire, les travailleurs des grands groupes n’ont pas le droit du tout de parler sur ce sujet sans en référer à la hiérarchie (qui elle, sait quelles informations doivent être filtrées ou données en cas de rendez-vous, ce qui est déjà un premier obstacle).

Pourtant, certains pays en reviennent : le Québec, l’Australie … et même le Royaume-Uni. Tout a commencé en 1993, avec la loi Sapin sur la Délégation de Service Public qui ouvrait grandes les portes aux recours aux concessions (oui, c’est notre actuel Ministre du Travail, ça rassure ...). Puis en 2004 (le 17 juillet 2004), une ordonnance (c’est de la légifération rapide, ordonnance 2004-559) créée les bases même du partenariat-public-privé qui est une invention anglaise des travaillistes de Blair (en 1997). Tout ça se fait sous un intense lobbying de cabinets travaillant pour les grands groupes et financés par les banques. Lobbying qui intervient surtout auprès des parlementaires (qui avec le cumul des mandats, sont aussi des élus territoriaux), et surtout auprès d’un Hervé Novelli (ex-secrétaire d’Etat du Commerce, de l’Artisanat, des PME … allez chercher sur wikipedia d’où il vient, c’est toujours très intéressant de savoir par qui nous sommes dirigés ….) qui arrive à promulguer une loi (2008-735), parue le 28 juillet 2008 (l’été, c’est toujours mieux pour que ça passe sous silence ...) qui finit de consolider cet outil pour que tous les services de l’Etat s’en empare pour faire leurs projets. Et depuis, le recours au PPP est quasiment l’unique mode de financement de tous les projets publics de grandes envergures.

La cour des comptes et certains élus commencent déjà à faire les comptes : les investissements PPP coûtent entre 50 et 100% fois plus cher que si le Maître d’Oeuvre avait été public. Ce n’est pas grave, la dette est indolore, puisqu’elle disparaît des registres comptables des collectivités sous cette forme. C’est d’ailleurs le but principal de la manipulation. Mais le loyer, il faut le payer. Ce qui, dans le domaine de la santé, se traduit déjà par des suppressions de postes (50 millions d’euros pour le loyer par an de l’Hôpital Sud Parisien, pour du matos déjà dégradé au bout d’un an de service !!). L’ARS (la DREAL du secteur de la santé) a donc tranché : coupes sombres dans le reste.

Mais chuuut. Pour les grands groupes : mieux que la bourse, le PPP. L’Etat paiera toujours, quitte à augmenter les impôts, à baisser les salaires. Et ils osent, ceux qui ont construit ce dispositif, parler de rigueur, d’austérité. Et donc de baisse d’effectifs ...

Non à la plus grande arnaque de ce début de siècle : les services publics ne sont pas une marchandise. Et n’oubliez pas que la dette de demain, ce sont les PPP d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard que la majorité des hauts fonctionnaires et des élus refusent d’aborder ce sujet tabou : ce sont les responsables de nos futurs misérables. Eux ne seront plus là, quand la génération qui nous suit devra supporter les conséquences de ces manipulations financières et vivre le même chantage que celui imposé actuellement aux citoyens des pays trop endettés (Afrique, Grèce, Espagne, Portugal, Chypre, ....).

La CNT-SO-DIRNO sera toujours un outil pour combattre ce mode de financement et informer les agents. Tout comme elle ne participera jamais à l’inauguration des constructions PPP pour ne pas cautionner ce "vol" organisé.

Section Syndicale CNT Solidarité Ouvrière - DIRNO